vendredi 10 octobre 2008

La Turquie et le jeu dangereux des oléoducs


Le conflit géorgien de l'été dernier, s'il n'était de prime abord qu'une lutte politique et géopolitique entre la Fédération de Russie et la Géorgie ( soutenue par l'Europe), à mis la Turquie sur le devant de la scène. De quelle façon ?
Le BTC est le point d'achoppement actuel entre la Russie et l'Europe. Entendez par là, l'oléoduc et gazoduc inauguré en mai 2005 par l'UE, la Turquie et les Etats-Unis, qui de Bakou (Azerbaïdjan) à Tbilissi (Géorgie) et Ceyhan (Turquie), permet au pétrole de la mer Caspienne de déboucher en Méditerranée en évitant soigneusement les réseaux russes.
En viabilisant, au bénéfice des Occidentaux, les gisements azéris, le BTC a ouvert aux déséquilibres une région déjà très agitée. A l'heure à l'approvisionnement en matières premières est sensible pour l'Europe, le BTC offre à l'Union européenne une solution de contournement des oléoducs russes pour péréniser ses besoins énergétiques. Cet affaiblissement de Moscou, où le binôme Medvedev-Poutine souhaite replacer la Russie au centre du jeu de puissance, est inacceptable pour le Kremlin. La pression estivale sur la Géorgie en est la preuve. Dès lors, quel rôle peut-on attribuer à la Turquie, dans ce nouveau jeu géopolitique ?
Par la création du BTC, Ankara renforce sa position régionale et permet de valoriser ce nouvel atout pour une éventuelle adhésion à l'Union européenne dans les décennies à venir. Si cet oléoduc lui vaut l'hostilité de la Russie, elle bénéficie du soutien occidental, désireux d'empêcher la Fédération de Russie de s'octroyer le monopole de l'approvisionnement énergétique en Europe.
De plus, il serait incomplet d'analyser le rôle important de la Turquie dans cette région mouvementée, sans aborder le rôle des détroits du Bosphore et des Dardannelles, point d'accès de la Russie aux mers chaudes. Même si le détroit du Bosphore est international, la Turquie membre de l'OTAN, en a récupéré le contrôle ( depuis les accords de Montreux de 1936) et le poids diplomatique qui va avec, surtout depuis ce sentiment diffus de menace russe sur l'Europe. Les détroits sont un second argument de poids à sa prétention européenne. Elle devient le "verrou occidental" dans une région menacée et agitée. Le Bosphore est le passage idéal pour les tankers et pipe-lines approvisionnant l'Europe à partir du Caucase, en s'affranchissant des sautes d'humeur russes.
"La Porte d'Or", l'un des surnoms du Bosphore, n'a peut être jamais aussi bien porté son nom. L'Or noir de l'Europe, passera maintenant par la Turquie...

Pour de plus amples informations, voir  Gauchon Pascal, Huissoud Jean-Marc, Les 100 lieux de la géopolitique, Presses Universitaires de France, septembre 2008,127 pages, Coll."Que sais-je ?"

 

jeudi 9 octobre 2008

Et si les relations greco-turques ne tenaient qu'à une ligne ?


Le Dostluk Express,  ou "train de l'amitié" a été conçue conjointement en 2005  par les gouvernements grecs et turcs dans le but de renforcer les liens d'amitiés ces deux ennemis héréditaires. Cette ligne de chemin de fer est un fil tracé sur la rive européenne de la Turquie à destination de Théssalonique, ville de naissance de Mustafa Kemal Atatürk.

20h45 : Gare de Sirkeçi (prononcez Sirkéchi), quai n°1. Dans les lumières blafardes de cette vieille gare ottomane, héritière d'un passé lyrique et cosmopolite (cette gare est le terminus du Simplon Orient-Express), le Dostluk Express attend ses voyageurs d'un soir pour traverser dans la nuit étoilée, la frontière de l'Europe. Des anciens wagon-lits français (Appelés communément des "T2") officient pour le voyage, et portent les stigmates des précautions d'usages rédigées en français et sous-titrées en grec. Les cabines sont anciennes, défraichies voire vétustes, mais ce périple nocturne si particulier efface les désagréments materiels de ce vieux train bleu nuit aux couleurs de l'OSE (Organismos Sidirodromos Ellados), la compagnie publique des chemins de fers hélléniques.

21h : Le sifflet retentit et le train s'ébranle lentement, en douleur, de ce quai où repose un portrait massif d'Atatürk. Nous quittons la Turquie pour l'Europe, en dépassant le palais de Topkapi, les remparts de Sultanhamet ( lieu où se trouve Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue), et au loin les pétroliers éclairés sur la mer de Marmara, en provenance de la Mer Noire, de d'Odessa peut-être... A quelques kilomètres de l'ancienne Constantinople, c'est un visage nouveau qui s'offre aux passagers : des immeubles cossus défient le ciel et la réussite n'hésite plus à s'afficher. Oublions les jolies petites maisons en bois du centre d'Istanbul, et laissons place à l'urbanisation intensive de sa périphérie. De grands drapeaux turcs sont arrimés au sommet de cette modernité, et notre vieux train bruyant traverse ces villes-champignons vers les plaines reculées du lointain Istanbul.

01H30 : Premier arrêt au poste frontière turc d'Unzünküprü. Une vielle maison en bois écaillée sert de refuge à quelques gardes-frontières chargés de vérifier la validité de nos passeports.Le réveil est brutal, les douaniers frappent viollemment aux portes de nos cabines en exigeant nos titres. Les relents d'une ex-RDA ne sont pas loin... Nos passeports sont confisqués pendant une heure et demi (tout de même !) et le train immobile dans la nuit noire attend l'autorisation de pouvoir repartir. Entre-temps, une boutique de duty-free a spécialement ouvert pour l'occasion, et les quelques touristes présents dans le Dostluk se ruent pour dépenser leurs dernières livres turques avant le passage en Europe. Il est 3h de matin, le froid a envahi les couloirs du train et les cabines, l'ordre a été donné , nous partons pour la Grèce.

3h20 : La frontière grecque approche. L'Europe étoilée nous attend au détour d'un pont d'acier recouvert de drapeaux peints aux couleurs de la Turquie, puis de la Grèce. Nous sommes à Pythion. Même procédure qu'auparavant, une heure d'attente pour les formalités de douane. Le poste frontière est coquet et fleuri.

La nuit continue et le train file à grande vitesse vers Thessalonique. Nous l'atteindrons à 11h du matin avec 4h de retard sur l'horaire prévue. 

11h40 : L'Inter City Express pour Athènes nous attend. Nous rejoindrons la capitale héllénique en 5h. Ce train moderne, climatisé doté d'un grand  wagon-restaurant nous indique qu'ici, on peut prendre son temps : des tables et des chaises, un menu assez larges et des prix raisonnables sont proposés. Adieu le sandwich SNCF ! 
Les paysages traversés sont somptueux, désertiques, reculés. Puis le train fend les montagnes en leur sommet. De part la topographie des lieux, les lignes de trains reliant le Nord au Sud du pays doivent emprunter des chemins escarpés, aux sommets des montagnes.... Le voyageur-spectateur ne peut que s'en émerveiller . Le Train s'arrête dans de petits villages, nous voyageons avec un pope dans notre compartiment...
 
Athènes (Athina), capitale de l'antiquité grecque et foyer historique de l'Europe succède à Istanbul après 20h d'un voyage physiquement éprouvant mais intellectuellement très riche.

Nous sommes passés en Europe par ce train de l'amitié, conçus dans le but d'encourager de meilleures relations entre la Turquie et la Grèce. Car les divisons et les critiques de manques pas entre ces deux Etat-nations, à commencer par "la question chypriote" qui empoisonne leur relation depuis 1974 et la création de la RTCN (République Turque de Chypre du Nord) en 1983.
Isaac Newton disait : " Les hommes bâtissent trop de murs et pas assez de ponts",  qu'à cela ne tienne le "train de l'amitié" traverse la Turquie et la Grèce par un pont ! 


Renseignements utiles à propos du voyage : 

http://www.turkeytravelplanner.com/trans/Train/dostluk_filia.html

http://www.letsgoistanbul.com/abroadtrain.htm

http://www.tcdd.gouv.tr


Prix : 
- Istanbul-Thessalonique 48 € par personne dans une cabine pour deux.
        - Thessalonique-Athènes 38 € par personne
- Idem pour le retour.

dimanche 5 octobre 2008

Présentation


Ce site aura pour objectif de guider les futurs étudiants intéressés par un séjour académique à Istanbul. Il sera conçu de la façon suivante : un article de fond, sur la Turquie, ses relations avec l'Europe, avec la Grèce, sa place géopolitique de "verrou" entre l'Orient et l'Occident, et un article de conseils, de bonnes adresses, de "pièges" à éviter.

Questions & commentaires seront les bienvenus.

Bonne lecture à toutes et à tous