
Le 4 novembre 2008, les Américains ont, une fois de plus, étonnés le monde. Barack Hussein Obama est devenu le 44ème Président des Etats-Unis d'Amérique. Premier président Noir du "nouveau monde", il aura la lourde tâche d'endiguer la crise économique actuelle, renouer des alliances défaites sous l'administration Bush et mettre fin à la guerre en Irak. L'ère du changement est arrivée et la victoire du Sénateur de l'Illinois est un coup de tonnerre américain donné au monde.
Comment la Turquie, alliée des USA depuis son adhésion au Traité de l'Atlantique Nord en 1952 augure t-elle la Présidence Obama ?
Pour Barçin Yinanç, journaliste au très kémaliste journal Hürriyet, c'est un " retour à l'époque Clinton". L'attitude wilsonnienne du président américain , fondée sur une politique étrangère multilatérale, encouragera et élargira les relations avec Ankara. La position de "pivot" de la Turquie au Moyen-Orient, à l'heure où cette zone géopolitique connaît une tension extrême, permettra au gouvernement turc d'accroître son rôle de leadership, après 8 ans de présidence Bush.
Toutefois, il serait totalement erroné de négliger les bons rapports entretenus par Ankara sous l'ère Bush, et le discours de 43ème Président des Etats-Unis à l'Université Galatasaray d'Istanbul en 2004 démontre que la Turquie est un Etat clé au sein de l'OTAN et la tête de pont de l'Occident au Levant.
Néanmoins, l'attitude volontariste du Président Obama ne sera pas sans conséquence pour la république Turque. Selon la journaliste de l'Hürriyet, l'administration américaine sera plus sensible aux aspirations des kurdes irakiens à l'heure où le retrait des troupes en Irak s'annonce...Les tensions extrêmement importantes qui existe entre Ankara et les Kurdes seront de moins en moins acceptées par l'administration Obama, et le respect des minorités, sensible en Turquie, sera le principal point d'achoppement. Ces questions, déjà sur la table sous l'administration Clinton seront, à coup sûr, redéployées par le Président Obama.
Il est fort probable, note la journaliste, que la Turquie réagisse relativement mal à cette ingérence diplomatique quant au sort des kurdes sur le territoire turc, tout comme la probable volonté du nouveau président de faire reconnaitre à Ankara, le caractère de génocide à l'égard des arméniens par l'Empire Ottoman lors de la première guerre mondiale.
Mais le gouvernement AKP de Recep Tayip Erdogan semble avoir pris conscience, un epu avant l'heure, des éventuelles redomontades des Etats-Unis, et a tendu la main au Président Arménien Sargsian, lors d'un match de football historique en septembre 2008 entre ces deux pays au passé tumulteux. Une réchauffement diplomatique entre Ankara et Erevan s'est opéré, comme pour "couper l'herbe sous le pied" d'éventuelles critiques de l'Administration américaine.
A nouveau Président, nouvelle politique, et c'est ainsi que de nouveaux liens s'augurent entre la superpuissance américaine et la République Turque... Ce sera probablement "un doux mélange" d'encouragement aux réformes démocratiques opéré par l'AKP et une dimension critique beaucoup plus importante que sous l'ère Bush. Erdogan a anticipé cela, et tentera probablement de limiter une trop forte pression américaine sur des questions sensibles toujours d'actualité...
Les USA prendront acte de la reconstruction du dialogue entre Ankara et Erevan, ils l'encourageront certainement, mais n'oublieront pas les questions en suspends...
