lundi 29 décembre 2008

Le début de l'année 2009 commence en Bulgarie...


Pour clore cette année 2008, nous avons décidé de passer le jour de l'an à Sofia, capitale de la Bulgarie, à 568 km de la  "sublime porte"....
Par le "Trans Balkan Express" nous traverserons les plaines et les montagnes enneignées de la Thrace Orientale et de la Vallée des Roses, jusqu'à Sofia, notre terminus....

Vous aurez l'occasion de pouvoir lire le récit de ce périple, à notre rentrée en Turquie, le 4 Janvier 2009... 

Je vous souhaite mes meilleurs voeux de bonheur pour cette année 2009...

lundi 22 décembre 2008

MIdnight Express en Turquie


Dans la vie d'un étudiant de Galatasaray, et particulièrement dans un cours intitulé " la Turquie dans la presse étrangère", il peut y avoir des exposés faits par des étudiants français et/ou turc. Aujourd'hui, un groupe 3 étudiants turcs ont planché sur le film Midnight Express d'Alan Parker de 1978, scénarisé par Oliver Stone.
Quel ne fut pas le débat houleux qui s'en suivi ! " Honteux, ignoble, injuste, faux, scandaleux, anti-turc" etc...tels ont été les mots, les phrases ou les ressentiments des étudiants turcs face aux propos tenus dans ce film.
 Que l'on ne m'affirme plus que les français sont les plus nationalistes...!
Les réactions face à quelques épisodes judicieusement sélectionnés par les étudiants sont sans appels : ce film est purement et clairement anti-turc et reflète ce que pensent les occidentaux du peuple turc : " pays de la torture, des sévices, de la saleté, du bruits, ...". 

La réaction face à cela est, je dirai, en demi-teinte.

- Il est vrai que les propos tenus par l'Américain emprisonné dans ce film, peuvent être choquants : " vous êtes des cochons" etc...  Les images laissent parfois des sensations étranges, de malaise. La population turque est vue comme arriérée, portant le fez ( alors qu'il fut interdit par Atatürk dans les années 20), sale, inculte, corrompue et malsaine... Ce film a pu servir a des fins politiques aux Etats-Unis ou en Europe à l'encontre de la Turquie...

- D'un autre côté, il ne s'agit que d'un film oserais-je dire, une vision partielle, peut-être injuste de ce qu'est réellement la Turquie. Tout les propos qui ont été tenus après cet exposé ont montré une réaction épidermique face à ce film , avec de forts relan nationalistes. 
Albert Einstein disait " que le nationalisme était une maladie infantile, rougeole de l'Humanité". Il faut savoir, selon moi, savoir se détacher de ce qui est dit à première vue, et ne pas se " braquer" lorsque les critiques fusent...

Cet exposé fut extrêmement intéressant quant à la façon dont sont appréhendés les films "polémiques" dans un pays qui a encore du mal a regarder en face son passé. C'est d'ailleurs le cas de beaucoup de Nation, la France en premier. 
Les Etats-Unis ont une certaine ouverture d'esprit quant à leur passé, et qu'il y a peu en Europe ou ailleurs. Des films comme Mississippi Burning qui relate les sombres heures du Ku Klux Klan dans le Sud des Etats-Unis, n'a pas provoqué autant de polémique à sa sortie...

Midnight Express suscite toujours la polémique, 30 ans après sa sortie, et ce quelque soit la génération qui le regarde... Un moment riche en rebondissements, qui en dit long sur le caractère fragile d'une certaine élite turque....Gageons que le futur apaise ces tensions et tiraillements qui prennent leur source dans un nationalisme blessé, qui seront peut-être pansés par une entrée dans le club des démocraties européennes....

dimanche 30 novembre 2008

Istanbul : Les hommes qui passent


Quelque chose de très surprenant m'a  étonné lorsque je suis arrivé à Istanbul : Il fleure bon un parfum d'antan lorsque nous nous promenons dans l'ancien quartier de Pera ( Aujourd'hui Istiklal Cadesi, Tünel, etc.). Un nombre impressionnant de vendeurs qui passent, pauvrement vêtus, avec des charettes en bois et aux roues cerclées d'acier. Il vendent tout ce qui est possible et inimaginable de trouver dans quelques coins de rues que se soient. Broutilles et déchets de brocantes, vieux briquets ou boites à tabac de la manufacture de l'Empire Ottoman, boutons de manchettes rouillés à l'effigie de Mustafa Kemal Atatürk. Vous trouverez également des vendeurs de poissons, rebus donnés par le poissonniers à ces pauvres hommes sans ressources, mais aussi des vendeurs de produits d'entretiens et plus original encore, des bouteilles et flasques pour triater ses plantes. L'Homme vend des mélanges remplis dans des bouteilles de Raki, concocte da potion à n'importe quel endroit....ils sont itinérants, appellent le client, le suivent parfois, et propose un ensemble de petites choses qui nous interpellent, européens...
Qui oserait imaginer des vendeurs en charettes vous proposer du poissons sur la place Saint Germain à Paris ? 
Ajoutez à cela les vendeurs de Simit , petits pains rond ressemblant à des Bagels, placés à des endroits fixes, aux quatres coins de la ville.... A tous les coins de trottoir, entre les pots d'échappements, on vend des moules (midye), bien rangées sur un plateau rond entres quelques rondelles de citron...

Istanbul recèle de ces petits trésors originaux que nous ne trouvons plus en Europe. Le temps de l'itinérance succède au temps du stationnement au gré des heures du jour...de l'affluence des lieux et des saisons.
C'est un retour au passé mais aussi un solide piliers de l'économie turque...les vendeurs ambulants, plusieurs dizaine de milliers, représentent un pan important du PNB turc...
S'asseoir à la terrasse d'un café et observer ces vendeurs, passer ici où là, est un aspect étonnant et relativement esthétique de "la Sublime Porte"...

vendredi 21 novembre 2008

Réflexions sur Istanbul (1)

"Aussi loin que remonte le souvenir, on dirait bien que nul témoin ne s'est jamais trompé sur cette inclination particulière de l'ancienne Byzance. Voilà plus de mille ans, les Chinois appelaient déjà Constantinople, la " ville des villes" note Jean-Claude Guillebaud dans son article " Une sublime porte entre l'Europe et l'Asie", in Geo, Juin 1994.

Quand les paysans de Thrace (partie européenne de la Turquie ) et du Pont-Euxin (Actuelle mer noire) allaient au marché, ils s'exclamaient derechef :" Is Tin Polin', c'est-à-dire  "A la ville !".
Nous signifions toujours Istanbul à son passé,  qu'il soit Byzantin, Chrétien ou Ottoman...Le kairos est toujours celui d'un temps révolu, teinté d'orientalisme doux ( Orient Express, Pera Palace, Gare de Sirkeçi,...). 
Istanbul est un mouvement perpetuel de populations multiples, du portefaix au financier, du marchand d'eau au scientifique. Sept cent mille habitants sous le règne de Soliman le Magnifique, près d'un million sous l'empereur Justinien mille ans auparavant ! Dix millions aujourd'hui, la ville se gonfle de l'arrivée des Anatoliens.... C'est une forme de melting-pot relié perpétuellement à l'Histoire : Mosquée, Eglises, Synaguogues....C'est une des rares villes de l'Islam où les  lieux de cultes différents sont sinon respectés, du moins conservés. Nous sommes loin de l'église d'Oran transformé en silo à grains !
Les minarets pourtant sont vus comme un signe ostentatoire qui atteste du passé et du présent musulman de la ville. La place des minarets dans la parure urbaine et industrialisée d'Istanbul, accentué par l'appel à la prière 5 fois par jour du muezzin, installe "la sublime porte" dans un cadre purement musulman...et pourtant... Qui ne sera pas surpris d'observer qu'à 12h05 lorsque la prière retentis dans tous les quartiers de la ville, personne n'y prête attention...Ni les personnes agées lisant le Cummurhiyet  ( journal laïc kémaliste), ni les jeunes vêtus à l'Européenne chargés de sac de shopping, ni les hommes d'affaires dévalent l'Istiklal Caddesi... Peut-être devons nous nous rendre dans le quartier de Fatih ( quartier musulman d'Istanbul) pour observer l'assiduité d'une partie du peuple turc à la prière  ?

Le matin duveteux, sur le Bosphore, nous assistons à une procession de tankers, silhouettes fantômes tachés de mer Noire, laqués d'embruns, et le muezzin qui réveille la ville, la sort de son lit, un lamento de la Mecque, arabesque de la mille et unième nuit dans l'aube qui prend ses marques...c'est un peu cela Istanbul : un ballet de modernité entouré de tradition, un vent sacré musulman refoulé sur les auteurs de l'Istanbul moderne, aux buildings défiant le ciel...

D'ailleurs, en cette periode de crise économique, la Bourse d'Istanbul vole de records en records. Sentimentale comme une vieille Grecque de Constantinople, volatile comme un parfum sucré, la place la plus folle du monde se trouve ici ! Comment expliquer cette fébrilité alors que de l'autre côté de l'ancienne Byzance, tout n'est qu'indolence et douceur  ?

C'est une forme de magie qui s'opère....Difficile à appréhender pour un Européen occidental....mais qui sait comprendre cette ville multiple, sait ressentir les floraisons musulmanes aux reflets d'Occident...  

mardi 11 novembre 2008

La Turquie célèbre la mort d'Atatürk en silence


Nous sommes le 10 novembre 2008 à Istanbul. Il est 9h05 (GMT +2) et la sirène retentit dans toute la ville, tous les quartiers. De " la sublime porte" à Ankara, en passant par Izmir ou Erzurum en Anatolie, les sirènes retentissent aux oreilles de tous les citoyens turcs. A ce moment précis, la République Turque s'arrête. Piétons, voitures, trains, tram, policiers,pompiers, taxis s'immobilisent pendant une minute, une longue minute, pour célébrer dans le silence le plus total, la disparition de Mustafa Kemal Atatürk, le 10 novembre 1938 dans une chambre du Palais de Dolmabahçe sur les rives du Bosphore.
Etrange sensation que de voir tout un peuple suspendre son activité. Tous réunis pendant une longue minute de silence d'Istanbul à Adana, pour se souvenir de leur chef, du père de leur nation dont ils sont si fiers. Les militaires aux casques blancs gardent la journée durant, tous les monuments à sa gloire, fleurissent les bâtiments publics et mettent tous les drapeaux en berne. Le grand portrait du Gazi ( le victorieux) est dressé sur la Place Taksim, l'Université Galatasaray dépose une gigantesque gerbe de roses au pied de sa statue dans l'enceinte de l'école.
Malgré les divergences politiques qui existent, les partisans de l'AKP ( Parti au pouvoir de tendance Islamique), du CHP ( Parti Populaire Turc, organe politique créé par Atatürk), ou d'autres formations politiques se retrouvent, ensemble. 
Ce moment unique de rassemblement d'une Nation derrière un seul Homme, le père de la Révolution Turque, s'inscrit dans une forme de modernité, à l'aube où le monde bouge et les valeurs nationales par delà le monde, semblent revigorées. 
Disparu il y a 70 ans cette année, Atatürk le victorieux, le réformateur, l'autoritaire est fêté tous les ans comme s'il venait de disparaître. 
Après une carrière militaire brillante et sa victoire aux Dardanelles en 1915, il reçoit le surnom de Gazi ( victorieux) et devient Commandant en Chef des Forces Turques  en 1921. Fondamentalement convaincu du destin européen de la Turquie, il est élu Président de la République en 1920 après la chute de l'empire Ottoman et s'inspire de la révolution française pour promouvoir les idéaux républicains. Il abat les dernières institutions ottomanes et décide d'imposer à marche forcée la modernisation de la Turquie et du peuple turc. Il rend l'opposition quasi inexistante  et entreprend des réformes rapides et radicales : il interdit le port du fez, impose la cravate aux hommes, supprime les danses orientales et oblige les radios à ne diffuser que des musiques occidentales. Il remplace le calendrier musulman par le calendrier grégorien, remplace l'alphabet arabe par l'alphabet latin. Tous les turcs âgés de 6 à 40 ans doivent retourner à l'école pour apprendre le nouvel alphabet et leur nouvelle langue. Par les lectures de Jules Ferry, il impose une école mixte, obligatoire et laïque et proclame la laïcité dans toute la République.Il supprime le Califat, interdit la polygamie et place les hommes et les femmes égaux en droit ( une première dans le monde musulman). Ankara, en Anatolie, est choisie comme Capitale de la nouvelle république, loin des stigmates historiques de la vieille Constantinople.
Passionné par les Lumières, parlant couramment le français, l'anglais et l'allemand, il s'inspirera de la République Française pour mener à bien sa réforme totale et radicale de la Turquie.
S'il lui a été reproché d'avoir étouffé l'opposition, et si la Turquie reste un pays où l'armée joue un rôle important dans la politique du pays, il n'en demeure pas moins que Mustafa Kemal Atatürk, par la force de ses réformes et l'empreinte indélébile qu'il a laissée dans les consciences, demeure l'Homme d'Etat de la Turquie moderne. Aucun ne le détrône, personne ne lui dispute ce rôle presque filial qu'il possède avec ses sujets. Un monument à sa gloire a été bâti à Ankara où il repose actuellement.
Des portraits d'Atatürk sont apposés sur tous les murs de toutes les villes, dans la moindre petite échoppe, au Grand Bazar, chez un coiffeur, ou même dans des boutiques à capitaux occidentaux (Benetton, Starbucks...), il semble impossible de ne pas croiser le regard de celui qui fut, il y a 80 ans, le père de toute une Nation...

La relation que les Turcs entretiennent avec cet homme est touchante, comme s'il était toujours là, parmi eux, présent pour commenter ou amender la politique ou pour rappeler ses principes fondamentaux. Des murs entiers face au Palais où il décéda, rappellent ses faits de gloire, et il n'est pas rare de voir s'y arrêter des jeunes comme des anciens, en face de ces portraits en noir et blanc, comme pour montrer aux yeux de ceux qui veulent bien les voir, qu'Atatürk sera toujours là, près d'eux, quel que soient leurs âges et leurs différences... 
Une réflexion à méditer à l'heure où les certaines Nations oublient parfois d'où elles viennent et où elles vont...
  

vendredi 7 novembre 2008

Les relations americano-turques à l'aune de la nouvelle Administration Obama


Le 4 novembre 2008, les Américains ont, une fois de plus, étonnés le monde. Barack Hussein Obama est devenu le 44ème Président des Etats-Unis d'Amérique. Premier président Noir du  "nouveau monde", il aura la lourde tâche d'endiguer la crise économique actuelle, renouer des alliances défaites sous l'administration Bush et mettre fin à la guerre en Irak. L'ère du changement  est arrivée et la victoire du Sénateur de l'Illinois est un coup de tonnerre américain donné au monde. 
Comment la Turquie, alliée des USA depuis son adhésion au Traité de l'Atlantique Nord en 1952 augure t-elle la Présidence Obama  ?
Pour Barçin Yinanç, journaliste au très kémaliste journal Hürriyet,  c'est un " retour à l'époque Clinton". L'attitude  wilsonnienne du président américain , fondée sur une politique étrangère multilatérale, encouragera et élargira les relations avec Ankara. La position de "pivot" de la Turquie au Moyen-Orient, à l'heure où cette zone géopolitique connaît une tension extrême, permettra au gouvernement turc d'accroître son rôle de leadership, après 8 ans de présidence Bush. 
Toutefois, il serait totalement erroné de négliger les bons rapports entretenus par Ankara sous l'ère Bush, et le discours de 43ème Président des Etats-Unis à l'Université Galatasaray d'Istanbul en 2004 démontre que la Turquie est un Etat clé au sein de l'OTAN et la tête de pont de l'Occident au Levant.
Néanmoins, l'attitude volontariste du Président Obama ne sera pas sans conséquence pour la république Turque. Selon la journaliste de l'Hürriyet, l'administration américaine sera plus  sensible aux aspirations des kurdes irakiens à l'heure où le retrait des troupes en Irak s'annonce...Les tensions extrêmement importantes qui existe entre Ankara et les Kurdes seront de moins en moins acceptées par l'administration Obama, et le respect des minorités, sensible en Turquie, sera le principal point d'achoppement. Ces questions, déjà sur la table sous l'administration Clinton seront, à coup sûr, redéployées par le Président Obama.
Il est fort probable, note la journaliste, que la Turquie réagisse relativement mal à cette ingérence diplomatique quant au sort des kurdes sur le territoire turc, tout comme la probable volonté du nouveau président de faire reconnaitre à Ankara, le caractère de génocide à l'égard des arméniens par l'Empire Ottoman lors de la première guerre mondiale.
Mais le gouvernement AKP de Recep Tayip Erdogan semble avoir pris conscience, un epu avant l'heure, des éventuelles redomontades des Etats-Unis, et a tendu la main au Président Arménien Sargsian, lors d'un match de football historique en septembre 2008 entre ces deux pays au passé tumulteux. Une réchauffement diplomatique entre Ankara et Erevan s'est opéré, comme pour "couper l'herbe sous le pied" d'éventuelles critiques de l'Administration américaine.
A nouveau Président, nouvelle politique, et c'est ainsi que de nouveaux liens s'augurent entre la superpuissance américaine et la République Turque... Ce sera probablement "un doux mélange" d'encouragement aux réformes démocratiques opéré par l'AKP et une dimension critique beaucoup plus importante que sous l'ère Bush. Erdogan a anticipé cela, et tentera probablement de limiter une trop forte pression américaine sur des questions sensibles toujours d'actualité...
Les USA prendront acte de la reconstruction du dialogue entre Ankara et Erevan, ils l'encourageront certainement, mais n'oublieront pas les questions en suspends...

dimanche 2 novembre 2008

Escale aux iles des Princes

Le soleil se couche, il est 16h30. La brume envahit Istanbul et les minarets s'éclairent peu à peu. Le bateau quitte le quai de Kabatas (Prononcez Kabatach) pour 1h30 de trajet  sur les flots de la Mer de Marmara. 
Premier Arrêt : Kadikoÿ (prononcez Kadeuköy), sur la rive asiatique d'Istanbul aux côtés de la Gare Haydarpasha, construite par deux architectes allemands. C'est le point de départ des voyages pour Ankara, l'Anatolie, ou l'Iran...Le bateau prend quelques passagers supplémentaires et nous quittons " la sublime porte" pour une heure de trajet. Les tankers passeront la nuit au large d'Istanbul, attendant l'autorisation de traverser le Bosphore pour rejoindre la Mer Noire.

Le bateau avance doucement sur les flots, ce vapür (nom turc pour ce type d'embarcation) glisse lentement sur l'eau bleue nuit, crachant sa fumée noire par delà la cheminée aux armoiries de la marine turque....il flotte un air des années 30 où la bourgeoisie stambouliote venait se reposer dans ces iles reculées, éloignées du tumulte incessant de la cité étincelante. 

Nous arrivons à BüyükAda, la principale île de l'archipel, la plus grande et la plus élégante. Les cheveaux et calèches ont remplacé les voitures, et l'odeur entêtante du purin envahit  les boutiques, les hall d'hôtels. La nuit tombe et les restaurants de poissons attirent le clients par leur pêche du jour, faîte de daurade et de turbo.
En nous éloignant peu à peu de ce bord de mer éclairé de milles feu par les échoppes ouvertes, une quiétude surprenante  s'offre à nous. De longues avenues bordées de magnolia, de sublimes maisons néocoloniales se dressent face à la mer. Certaines sont habitées, d'autres sont des résidences secondaires aux volets clos. Le claquement des sabots des chevaux sur l'asphalte est le seul bruit perceptible à l'oreille de l'Homme. Tout est silence et repos.  Il est aisé de s'imaginer le faste d'antan, les grandes familles déchargeants leurs malles pour venir passer les vacances à la mer, sur ce petit bout de terre observant d'un oeil distrait la bouillonante Istanbul.

Visiste d'une journée ou d'un week end, le choix de passer la nuit sur l'île est attirant, d'autant plus que les prix proposés ne sont pas particulièrement élevés ( comptez 40 € dans une pension et 60 € dans un hôtel 3***). Le Princess Hotel  sur l'unique place de l'île est charmant, doté d'une piscine, et propose un petit déjeuner derrière de gigantesques baies-vitrées face à la mer.
Locations de vélo, tour en calèche, marche à pied : voiçi les trois uniques moyens de visiter l'ile. Il vous en coûtera 3YTL (1,5 €) pour une heure de VTT, et 50 YTL (25 €) pour une heure et demi de calèche  traversant d'un bout à l'autre l'île du Prince. 
Le monastère Saint Georges, haut lieu de pélerinage de l'orthodoxie, est toujours en activité, et domine l'île  par son sommet.
Les bateaux relient le continent toutes les demi-heures environ. Si le temps le permet, préférez rentrer en Hiver aux alentour de 16h pour observer le somptueux coucher de soleil sur la mer de Marmara.

Le bateau s'éloigne lentement, la petite île reposante n'a pas dévoilée tout ces mystères, derrières les quelques maisons en ruines qui parsèment notre chemin...des histoires se sont écrites sur ce piton rocheux élégant et silencieux....une parenthèse essentielle pour qui veut bien s'éloigner quelques temps, du feu sacré de "la Sublime Porte"...

Renseignements Utiles :

Pour s'y rendre :  Prendre le vapür à Kabatas ( 10 départs /jours) jusqu'à Büyük Ada : 1h30 de voyage

Où dormir ?  Le BüyükAda Princess Hotel offre des chambres spacieuses et propre avec vue sur l'ile(60 €) et  vue sur mer (100 €), petit-déjeuner compris.
Si le budget est trop élevé, préférez une pansyion qui vous proposera la nuit pour environ 40 €.

Où manger ?  Refusez les restaurants du bord de mer, où la nourriture est souvent de mauvaise qualité. Préférez les restaurants de la place principale, dont l'Antebi qui propose une carte variée de produits très frais, à des prix relativement intéressant (comptez 15 € pour un repas complet).

Que faire ?  Visiter l'île en vélo ou en calèche est la meilleure des solutions.Il n'y a pas de musée ou autres attractions touristiques, seulement des chemins et de longues avenues bordées de magnolia qui dissimulent de grandes bâtisses aux reflets d'antan...Idéal pour se reposer pendant un week-end.

jeudi 23 octobre 2008

Un après-midi avec Pierre Loti

Un peu d'Histoire : 

Ecrivain adulé et fêté presque comme aucun autre de son vivant, Pierre Loti (1850-1923), de son véritable nom Julien Viaud, était officier de marine, et qui eu la chance de beaucoup voyager.Parmi tous les pays visité, c'est la Turquie qui le passionne, à ce point qu'il la proclame comme " sa seconde patrie". On est tenté de résumer son amour pour la Turquie à une idylle de jeunesse qu'il vécut pendant son premier séjour (1976-1877) avec une jeune femme qui n'hésitait pas à quitter le harem de son mari pendant son absence afin de venir se jeter dans les bras de son bien-aimé.L'amour porté à Aziyadé souligne son attachement et son estime à la Turquie et au peuple turc. Aziyadé meurt quelque temps après le départ de son amant, et lorsque Pierre Loti se rendit à Constantinople, dix ans après, c'est sur la tombe de cette dernière qu'il se recueillat, au cimetière de Topkapi (prononcez Topkapeu). Pendant ses séjours en Turquie, Loti se déguisait en Turc, avec un fez sur la tête et un chapelet à la main, il se plaisait à se mêler à la vie du peuple, errer dans le vieux Stamboul, s'asseoir au café....et se rendre dans son endroit préféré, au fond de la Corne d'Or, à Eyüp : " Et au fond de ce Golfe enclavé dans une ville, tout au fond, sous les vieux cyprès et les vieux platanes, le saint faubourg d'Eyoub (Depuis la réforme orthographique d'Atatürk, le lieu s'appelle Eyüp), coeur de l'Islam en Europe, enfoui dans une sorte de bocage funèbre, entouré de tombes...

Comment s'y rendre ?

Le moyen le plus agréable pour visiter la Corne d'Or et se rendre à Eyüp est incontestablement le bateau. Départ toutes les heures des embarcadères de Karaköy et d'Eminönu. Cette Corne d'or devient plus plaisible à mesure que l'on s'éloigne de l'entrée, encombrée de paquebots, et la partie que nous longeons à présent semble reposante, retirée. Allez jusqu'au terminus, Eyüp, vous prendra une petite demi-heure et vous coûtera 1.40 YTL (0,60 €). 
Si vous avez le mal de mer, prenez  un bus 44B, 99, 36 CE, au départ d'Eminönü.

Pour aller au café Pierre Loti, prendre l'exquise avenue qui longe les saints tombeaux ottomans,cette avenue qui s'enfonce, toute blanche vers cette impénétrable mosquée en marbre blanc, dont on aperçoit confusément le dôme sous un bouquet de platanes et de cyprès immenses. Traversez le cimetière accroché à la colline, où les tombes les plus ornées côtoient les plus modestes. Un quart-d'heure plus tard, vous parviendrez  au sommet, tournez sur votre droite, et longez les échoppes. (Si vous ne souhaitez pas marcher, un téléphérique vous y emmènera).
Face à vous, la terrasse du Café Pierre Loti donnant sur la Corne d'Or, une quarantaine de petites tables rondes recouvertes d'un napperon à carreaux rouges et blancs. Sur votre gauche, le Café, vielle maison en bois où vous pourrez consulter ( consulter seulement) les éditions originales de Pierre Loti (Azyadé,...) en buvant un café turc (3.30 YTL) ou autres boissons.
Une petite boutique de souvenir est attenante au Café, et vous pourrez ramener une partie de l'oeuvre de l'écrivain pour environ 15 YTL (8 €) l'ouvrage, des dessins, des gravures, des cartes postales de l'ancienne Constantinople.

Il règne dans ce café, sur cette terrasse protégée des platanes, une quiétude surprenante et envoutante. Préférez vous y rendre vers 17h en Hiver, pour observer le soleil couchant qui poudroit la ville d'une pellicule d'or et qui dissimule les misères en transformant les cheminées d'usine en minarets. Il est alors permis d'imaginer ce que devait être le spectacle du Sultan venant en pèlerinage à Eyüp sur son caïque imperial, escorté de ses vizirs et de ses pachas, sous l'oeil attendri de Pierre Loti...

Pour revenir :

Soit vous reprenez le bateau (vapür) ou le bus, mais si vous souhaitez un retour un peu plus romantique et paisible, prenez une de ces petites barques de pêcheur attenantes au quai d'Eyüp. Il vous en coûtera 20 YTL (10 €) pour revenir à Karaköy ou à Eminönü, sans touristes, sans arrêts, au ras de l'eau, et au son du petit moteur qui nous éloigne lentement dans les brumes du soir, de la colline d'Eyüp et de cimetière parsemé de cyprès...

vendredi 17 octobre 2008

Escale au Grand Bazar (Kapaliçarsi)


Ouvert tous les jours, de 9h à 20h. Vous trouverez ci-joint tous les renseignements utiles sur cette étape incontournable d'Istanbul.

Un peu d'histoire : La construction du Grand Bazar débute au XVème siècle à l'époque du sultan Mehmet II le Conquérant, sur l'initiative du vizir Mehmed Pasa. Endommagé par divers incendies et partiellement détruit par plusieurs tremblements de terre, le Grand Bazar sera en permanence réaménagé, rénové et reconstruit.

Comment s'y rendre  ? Prendre le Tram jusqu'à l'arrêt Beyazit. Marcher une centaine de mètres en traversant une petite ruelle où les articles contrefaits se vendent....comme s'ils étaient vrai ! Un jeton de Tramway vous coûtera 1.40 YTL (Yeni Turkish Lira) soit environ 0,70 € quelque soit votre station de départ.
L'accès au marché se fait par plus de 18 portes, l'une des plus grandes étant située dans la cour de la Mosquée Nuruosmaniye. La devise "Dieu aime celui qui se livre au commerce" est inscrite au fronton, dans une cartouche ornée d'armoiries ottomanes.
Le marché étant clos sur les côtés et presque entièrement recouvert, il prend le nom de Kapaliçarsi, signifiant littéralement "marché couvert". 

Comment est-il organisé  ? Le Grand Bazar s'étend sur environ 30 hectares, plus de 60 ruelles dans lesquelles sont installées plus de 2000 boutiques ! Un paradis pour ceux qui aiment faire du Shopping. Aujourd'hui, 15 000 personnes travaillent dans 3500 magasins dont 1500 bijoutiers (Attention mesdemoiselles aux contrefaçons de bijoux Cartier, VanCleef & Arpel...!!).

Que peut-on trouver au Grand Bazar  ?  Tout. Un sultan disait que "n'importe quel ottoman pouvait entrer au Grand Bazar nu, et ressortir couvert de la tête au pied". C'est exact. Vous trouverez dans cet antre tout ce qui peut paraître inutile (ou utile!).

Les narguilés, des échoppes entières, des grands, des petits, des bleus, des rouges, en verres, en métal, en plastique....à tous les prix! De 30 YTL (17 €) à 200 YTL (120 €), n'hésitez pas à négocier âprement les tarifs jugés prohibitifs. (Voir Conseils infra). Vous pourrez acheter également le tabac parfumé qui va avec (Fraise, Orange,Jasmin, Citron, Cappuccino...), et les braises pour allumer le tout.

Les vêtements, des choix considérables, dans tous les styles (Orientaux / Occidentaux). Attention au contrefaçons qui ont pignon sur rue dans le Grand Bazar ! Tout ce qui a de la valeur en France est içi contrefait : Polo, chemises, pull-over Ralph Lauren, Converses,... à des prix défiants toute concurrence ! Pour une chemise Ralph Lauren comptez 40 YTL (23 €) quand on sait qu'en France elles sont vendues 120 € ! La qualité laisse souvent à désirer... Toutefois vous pourrez acheter des écharpes en Cashmere (appellées Pashmina) à 10 YTL, et souvent de relative bonne qualité. 
Les vêtements en cuir, eux non plus ne sont pas chers et pour cause ....ce n'est pas toujours du cuir mais souvent du plastique amélioré ! Mesdemoiselles, tous les sacs à main dont vous rêvez en France sont vendus ici....et contrefaits naturellement : Burberry, Louis Vuitton, Longchamp,Sonia Rykiel..Là aussi, négociez âprement et divisez le prix annoncé par 2 ou par 3! 

Les épices, enfin quelque chose qui n'est pas contrefait! Piment rouge fort (Aci Biber), paprika(Tatli Biber), Cumin (Kimyon)...et le Safran ! Et là, attention au piège : le vrai safran est généralement iranien et provient du stigmate prélevé sur la fleur d'une variété de crocus. Il coûte relativement cher et est vendu en très petite quantité...Le safran turc en revanche comprend des pétales, des étamines à un prix relativement bas proportionnellement à sa qualité. Il colorera votre cuisine.....mais n'aura pratiquement aucun goût !

Les bijoux , l'or est souvent de bonne qualité et façonné à la main, ce qui n'existe quasiment plus en Europe. Il est vendu au poids (l'or est une valeur refuge, surtout en ce moment!!), et tous les jours son cours est inscrit dans le journal. Le marchandage est de mise pour les bijoux en or et en argent ( moins répandus) et les pierres semi-précieuses.

Sans oublier les tapis, les kilims, les pipes en écume de mer, les intruments de musique, les antiquités, l'huile d'olive, les loukoums, les savons, etc...

Conseils aux novices : A partir du moment où vous passerez l'un des 18 portes du Grand Bazar, n'espérez pas flâner une seule seconde. Vous serez constamment sollicités pour acheter une fausse Rolex, un polo Ralph Lauren, un service à thé, un nargilé etc...refusez systématiquement si vous n'êtes pas intéréssés....Les vendeurs vous attirent en parlant votre langue ( souvent très approximativement d'ailleurs...) et vous proposent d'acheter...

Si vous êtes intéressés par un objet, n'oubliez jamais de le négocier ! N'achetez pas l'objet en question au prix annoncé par le vendeur. 
Prenons un exemple :  Vous souhaitez un narguilé. Il en existe de plusieurs tailles, plus c'est grand...plus c'est cher. Refusez les tubes en plastique qui cèderont au bout de quelques utilisations...Le vendeur vous le propose à 40 YTL. Décidez rapidement du prix au dessus duquel vous ne souhaitez pas l'acquérir : 30 YTL. Proposez 25 YTL, il vous dira 35YTL et faite mine de partir.....il vous rappellera et vous le vendra à 30YTL... 

Le Grand Bazar est une jolie aventure, où les sollicitations peuvent parfois être épuisantes, mais ne comptez pas ressortir les mains vides.... Personne n'en ressort les mains vides.
Attention toutefois aux contrefaçons et aux risques encourus en rentrant en Europe... les douanes pourraient vous facturer deux fois le prix de l'original....
Voyagez à travers ces petites ruelles aux couleurs bariolées, aux échoppes bien fournies. Arretez vous un instant sur un des places pour vous boire une collation sous le drapeau turc et le portrait de Mustafa Kemal, qui semble surveiller ses sujets....80 ans après sa mort...

Etape incontournable et très agréable de ce séjour à Istanbul....  Allez-y une fois pour prendre vos marques, et revenez-y pour acheter ce dont vous n'avez pas besoin !!


PS: Cliquez sur le titre de l'article " Escale au Grand Bazar" pour y voir les photos.

vendredi 10 octobre 2008

La Turquie et le jeu dangereux des oléoducs


Le conflit géorgien de l'été dernier, s'il n'était de prime abord qu'une lutte politique et géopolitique entre la Fédération de Russie et la Géorgie ( soutenue par l'Europe), à mis la Turquie sur le devant de la scène. De quelle façon ?
Le BTC est le point d'achoppement actuel entre la Russie et l'Europe. Entendez par là, l'oléoduc et gazoduc inauguré en mai 2005 par l'UE, la Turquie et les Etats-Unis, qui de Bakou (Azerbaïdjan) à Tbilissi (Géorgie) et Ceyhan (Turquie), permet au pétrole de la mer Caspienne de déboucher en Méditerranée en évitant soigneusement les réseaux russes.
En viabilisant, au bénéfice des Occidentaux, les gisements azéris, le BTC a ouvert aux déséquilibres une région déjà très agitée. A l'heure à l'approvisionnement en matières premières est sensible pour l'Europe, le BTC offre à l'Union européenne une solution de contournement des oléoducs russes pour péréniser ses besoins énergétiques. Cet affaiblissement de Moscou, où le binôme Medvedev-Poutine souhaite replacer la Russie au centre du jeu de puissance, est inacceptable pour le Kremlin. La pression estivale sur la Géorgie en est la preuve. Dès lors, quel rôle peut-on attribuer à la Turquie, dans ce nouveau jeu géopolitique ?
Par la création du BTC, Ankara renforce sa position régionale et permet de valoriser ce nouvel atout pour une éventuelle adhésion à l'Union européenne dans les décennies à venir. Si cet oléoduc lui vaut l'hostilité de la Russie, elle bénéficie du soutien occidental, désireux d'empêcher la Fédération de Russie de s'octroyer le monopole de l'approvisionnement énergétique en Europe.
De plus, il serait incomplet d'analyser le rôle important de la Turquie dans cette région mouvementée, sans aborder le rôle des détroits du Bosphore et des Dardannelles, point d'accès de la Russie aux mers chaudes. Même si le détroit du Bosphore est international, la Turquie membre de l'OTAN, en a récupéré le contrôle ( depuis les accords de Montreux de 1936) et le poids diplomatique qui va avec, surtout depuis ce sentiment diffus de menace russe sur l'Europe. Les détroits sont un second argument de poids à sa prétention européenne. Elle devient le "verrou occidental" dans une région menacée et agitée. Le Bosphore est le passage idéal pour les tankers et pipe-lines approvisionnant l'Europe à partir du Caucase, en s'affranchissant des sautes d'humeur russes.
"La Porte d'Or", l'un des surnoms du Bosphore, n'a peut être jamais aussi bien porté son nom. L'Or noir de l'Europe, passera maintenant par la Turquie...

Pour de plus amples informations, voir  Gauchon Pascal, Huissoud Jean-Marc, Les 100 lieux de la géopolitique, Presses Universitaires de France, septembre 2008,127 pages, Coll."Que sais-je ?"

 

jeudi 9 octobre 2008

Et si les relations greco-turques ne tenaient qu'à une ligne ?


Le Dostluk Express,  ou "train de l'amitié" a été conçue conjointement en 2005  par les gouvernements grecs et turcs dans le but de renforcer les liens d'amitiés ces deux ennemis héréditaires. Cette ligne de chemin de fer est un fil tracé sur la rive européenne de la Turquie à destination de Théssalonique, ville de naissance de Mustafa Kemal Atatürk.

20h45 : Gare de Sirkeçi (prononcez Sirkéchi), quai n°1. Dans les lumières blafardes de cette vieille gare ottomane, héritière d'un passé lyrique et cosmopolite (cette gare est le terminus du Simplon Orient-Express), le Dostluk Express attend ses voyageurs d'un soir pour traverser dans la nuit étoilée, la frontière de l'Europe. Des anciens wagon-lits français (Appelés communément des "T2") officient pour le voyage, et portent les stigmates des précautions d'usages rédigées en français et sous-titrées en grec. Les cabines sont anciennes, défraichies voire vétustes, mais ce périple nocturne si particulier efface les désagréments materiels de ce vieux train bleu nuit aux couleurs de l'OSE (Organismos Sidirodromos Ellados), la compagnie publique des chemins de fers hélléniques.

21h : Le sifflet retentit et le train s'ébranle lentement, en douleur, de ce quai où repose un portrait massif d'Atatürk. Nous quittons la Turquie pour l'Europe, en dépassant le palais de Topkapi, les remparts de Sultanhamet ( lieu où se trouve Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue), et au loin les pétroliers éclairés sur la mer de Marmara, en provenance de la Mer Noire, de d'Odessa peut-être... A quelques kilomètres de l'ancienne Constantinople, c'est un visage nouveau qui s'offre aux passagers : des immeubles cossus défient le ciel et la réussite n'hésite plus à s'afficher. Oublions les jolies petites maisons en bois du centre d'Istanbul, et laissons place à l'urbanisation intensive de sa périphérie. De grands drapeaux turcs sont arrimés au sommet de cette modernité, et notre vieux train bruyant traverse ces villes-champignons vers les plaines reculées du lointain Istanbul.

01H30 : Premier arrêt au poste frontière turc d'Unzünküprü. Une vielle maison en bois écaillée sert de refuge à quelques gardes-frontières chargés de vérifier la validité de nos passeports.Le réveil est brutal, les douaniers frappent viollemment aux portes de nos cabines en exigeant nos titres. Les relents d'une ex-RDA ne sont pas loin... Nos passeports sont confisqués pendant une heure et demi (tout de même !) et le train immobile dans la nuit noire attend l'autorisation de pouvoir repartir. Entre-temps, une boutique de duty-free a spécialement ouvert pour l'occasion, et les quelques touristes présents dans le Dostluk se ruent pour dépenser leurs dernières livres turques avant le passage en Europe. Il est 3h de matin, le froid a envahi les couloirs du train et les cabines, l'ordre a été donné , nous partons pour la Grèce.

3h20 : La frontière grecque approche. L'Europe étoilée nous attend au détour d'un pont d'acier recouvert de drapeaux peints aux couleurs de la Turquie, puis de la Grèce. Nous sommes à Pythion. Même procédure qu'auparavant, une heure d'attente pour les formalités de douane. Le poste frontière est coquet et fleuri.

La nuit continue et le train file à grande vitesse vers Thessalonique. Nous l'atteindrons à 11h du matin avec 4h de retard sur l'horaire prévue. 

11h40 : L'Inter City Express pour Athènes nous attend. Nous rejoindrons la capitale héllénique en 5h. Ce train moderne, climatisé doté d'un grand  wagon-restaurant nous indique qu'ici, on peut prendre son temps : des tables et des chaises, un menu assez larges et des prix raisonnables sont proposés. Adieu le sandwich SNCF ! 
Les paysages traversés sont somptueux, désertiques, reculés. Puis le train fend les montagnes en leur sommet. De part la topographie des lieux, les lignes de trains reliant le Nord au Sud du pays doivent emprunter des chemins escarpés, aux sommets des montagnes.... Le voyageur-spectateur ne peut que s'en émerveiller . Le Train s'arrête dans de petits villages, nous voyageons avec un pope dans notre compartiment...
 
Athènes (Athina), capitale de l'antiquité grecque et foyer historique de l'Europe succède à Istanbul après 20h d'un voyage physiquement éprouvant mais intellectuellement très riche.

Nous sommes passés en Europe par ce train de l'amitié, conçus dans le but d'encourager de meilleures relations entre la Turquie et la Grèce. Car les divisons et les critiques de manques pas entre ces deux Etat-nations, à commencer par "la question chypriote" qui empoisonne leur relation depuis 1974 et la création de la RTCN (République Turque de Chypre du Nord) en 1983.
Isaac Newton disait : " Les hommes bâtissent trop de murs et pas assez de ponts",  qu'à cela ne tienne le "train de l'amitié" traverse la Turquie et la Grèce par un pont ! 


Renseignements utiles à propos du voyage : 

http://www.turkeytravelplanner.com/trans/Train/dostluk_filia.html

http://www.letsgoistanbul.com/abroadtrain.htm

http://www.tcdd.gouv.tr


Prix : 
- Istanbul-Thessalonique 48 € par personne dans une cabine pour deux.
        - Thessalonique-Athènes 38 € par personne
- Idem pour le retour.

dimanche 5 octobre 2008

Présentation


Ce site aura pour objectif de guider les futurs étudiants intéressés par un séjour académique à Istanbul. Il sera conçu de la façon suivante : un article de fond, sur la Turquie, ses relations avec l'Europe, avec la Grèce, sa place géopolitique de "verrou" entre l'Orient et l'Occident, et un article de conseils, de bonnes adresses, de "pièges" à éviter.

Questions & commentaires seront les bienvenus.

Bonne lecture à toutes et à tous