
Le conflit géorgien de l'été dernier, s'il n'était de prime abord qu'une lutte politique et géopolitique entre la Fédération de Russie et la Géorgie ( soutenue par l'Europe), à mis la Turquie sur le devant de la scène. De quelle façon ?
Le BTC est le point d'achoppement actuel entre la Russie et l'Europe. Entendez par là, l'oléoduc et gazoduc inauguré en mai 2005 par l'UE, la Turquie et les Etats-Unis, qui de Bakou (Azerbaïdjan) à Tbilissi (Géorgie) et Ceyhan (Turquie), permet au pétrole de la mer Caspienne de déboucher en Méditerranée en évitant soigneusement les réseaux russes.
En viabilisant, au bénéfice des Occidentaux, les gisements azéris, le BTC a ouvert aux déséquilibres une région déjà très agitée. A l'heure à l'approvisionnement en matières premières est sensible pour l'Europe, le BTC offre à l'Union européenne une solution de contournement des oléoducs russes pour péréniser ses besoins énergétiques. Cet affaiblissement de Moscou, où le binôme Medvedev-Poutine souhaite replacer la Russie au centre du jeu de puissance, est inacceptable pour le Kremlin. La pression estivale sur la Géorgie en est la preuve. Dès lors, quel rôle peut-on attribuer à la Turquie, dans ce nouveau jeu géopolitique ?
Par la création du BTC, Ankara renforce sa position régionale et permet de valoriser ce nouvel atout pour une éventuelle adhésion à l'Union européenne dans les décennies à venir. Si cet oléoduc lui vaut l'hostilité de la Russie, elle bénéficie du soutien occidental, désireux d'empêcher la Fédération de Russie de s'octroyer le monopole de l'approvisionnement énergétique en Europe.
De plus, il serait incomplet d'analyser le rôle important de la Turquie dans cette région mouvementée, sans aborder le rôle des détroits du Bosphore et des Dardannelles, point d'accès de la Russie aux mers chaudes. Même si le détroit du Bosphore est international, la Turquie membre de l'OTAN, en a récupéré le contrôle ( depuis les accords de Montreux de 1936) et le poids diplomatique qui va avec, surtout depuis ce sentiment diffus de menace russe sur l'Europe. Les détroits sont un second argument de poids à sa prétention européenne. Elle devient le "verrou occidental" dans une région menacée et agitée. Le Bosphore est le passage idéal pour les tankers et pipe-lines approvisionnant l'Europe à partir du Caucase, en s'affranchissant des sautes d'humeur russes.
"La Porte d'Or", l'un des surnoms du Bosphore, n'a peut être jamais aussi bien porté son nom. L'Or noir de l'Europe, passera maintenant par la Turquie...
Pour de plus amples informations, voir Gauchon Pascal, Huissoud Jean-Marc, Les 100 lieux de la géopolitique, Presses Universitaires de France, septembre 2008,127 pages, Coll."Que sais-je ?"

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